MYASTHENIA GRAVIS

    La myasthénie grave (myasthenia gravis) est une maladie neuromusculaire peu fréquente qui touche chiens et chats. Fatigabilité, faiblesse musculaire et distension de l'oesophage sont les signes les plus fréquents.

PLUSIEURS FORMES DE MYASTHENIE GRAVE
    On parle de syndrome car il y a plusieurs formes de myasthénie grave. Elles ont en commun une faiblesse musculaire. Celle-ci résulte d'un défaut de fonctionnement de la liaison des nerfs aux muscles.
    La première forme - la myasthénie congénitale - est rare. Elle se manifeste dès le jeune âge et se montre malheureusement fatale après quelques mois, dans la plupart des cas.
    La seconde forme - la myasthénie grave acquise - apparaît chez un animal jusqu'alors normal. Il s'agit d'une maladie auto-immune qui peut bénéficier d'une prise en charge thérapeutique.

SYMPTOMES LES PLUS SOUVENT RENCONTRES
     Une faiblesse musculaire après l'effort, des régurgitations dues à une distension de l'oesophage (mégaoesophage), une pneumonie par fausse déglutition, l'incapacité à retenir les urines peuvent faire penser à cette maladie. On décrit également une modification possible de la voix, des oreilles portées basses, une ptose des paupières etc. L'évolution de la maladie s'observe le plus souvent sur plusieurs semaines ou mois mais la mort peut également survenir en quelques jours seulement (tétraparésie, détresse respiratoire). Chez le chat: port anormal du cou, machoire tombante etc.
    Mais ces symptômes ne coexistent pas toujours et ne sont pas faciles à recenser quand le maître nous décrit un chien manquant d'entrain, vomissant parfois, fiévreux sans raison apparente. Chez le jeune, un défaut d'apprentissage de la propreté peut masquer l'incontinence épisodique... C'est pour ces raisons que l'hypothèse de myasthénie grave ne figure pas parmi les premières causes recherchées, mais plutôt lorsque l'animal n'est pas amélioré par les soins entrepris en premier lieu.

CERTAINES LIGNEES DAVANTAGE CONCERNEES
    La myasthénie grave congénitale est une maladie héréditaire transmise par les parents. La portée entière mais également les animaux apparentés sont susceptibles d'être atteints et de transmettre la maladie à leur tour (transmission selon un mode autosomal récessif). L'éleveur doit impérativement être informé du diagnostic afin de retirer immédiatement de la production les reproducteurs incriminés. Il lui appartient également de rechercher les autres animaux issus de son élevage et d'avertir leurs maîtres (ristourne spontanée sur le prix ?). Plusieurs races ont été identifiées (liste non limitative): jack russel, springer spaniel, fox terrier poil lisse, gammel dansk honsehunds etc.
    La myasthénie acquise aurait également une composante héréditaire. Certaines races semblent davantage concernées: golden retriever, labrador, berger allemand, akita inu, scottish terrier, braque allemand, chihuahua, chat de Somalie, chat abyssin etc.

LES CAUSES
    Dans les conditions normales, à la jonction des nerfs aux muscles, l'extrémité des fibres nerveuses stimule les fibres musculaires grâce à la libération d'une molécule (acétylcholine). Chez les animaux atteints, ce neuro-médiateur reste sans effet ou d'effet réduit.
    Dans les formes congénitales, Dame Nature a mal conçu les récepteurs présents sur les fibres musculaires de l'animal.
    Dans les formes acquises plus tard, c'est le développement d'anticorps fabriqués par erreur par l'organisme lui-même, qui bloque le fonctionnement des récepteurs de la fibre musculaire: il s'agit d'une maladie auto-immune.

LE DIAGNOSTIC
* Prise de sang: la myasthénie grave acquise à composante auto-immune bénéficie d'un diagnostic par dosage des anticorps anti-récepteurs à l'acétylcholine (délai de plusieurs semaines). La fiabilité de ce test est assez bonne mais conduit à le renouveler lorsque les signes évocateurs ne sont pas corroborés par un premier dosage. Certains traitement mis en place précédemment perturbent ce dosage. La myasthénie congénitale ne peut bénéficier de ce dosage.
* Injection d'un traitement-test: l'amélioration quasi-instantanée mais fugace est parfois obtenue par l'administration d'un médicament-test juste après une crise affectant les déplacements. Aussi spectaculaire soit-il, ce test mérite d'être complété avant de conclure.
* Electromyographie: le matériel est malheureusement peu répandu. Lorsqu'il est disponible, l'examen effectué sous anesthésie peut permettre d'orienter le diagnostic, sans pour autant être déterminant à lui seul.
* Biopsie: réalisée dans des conditions très particulières, des biopsies musculaires permettent d'évaluer la qualité de la plaque de transmission neuromusculaire.

TRAITEMENT
    Pour limiter les régurgitations et les fausses routes associées, disposer les gamelles en hauteur, maintenir la tête haute après les repas, modifier la consistance de la nourriture, fractionner sa distribution, nourrir par sonde gastrique sont des pistes de réflexion envisagées selon chaque animal.
    Le traitement médicamenteux permet également d'apporter une amélioration. Administrés trois fois par jour, les comprimés ou le sirop optimisent le fonctionnement musculaire. La dose sera établie de façon à limiter les effets secondaires du traitement. Un traitement injectable administré quatre fois par jour peut aussi être confié aux maîtres.
    Dans les cas rebelles seulement, les myasthénies graves acquises peuvent bénéficier d'un traitement immunosuppresseur.

EVOLUTION
    Les animaux atteint de myasthénie grave congénitale voient leur espérance de vie réduite, à quelques mois en général.
    Dans sa forme acquise, la myasthénie grave peut guérir chez certains animaux. En attendant cette évolution favorable mais inconstante, prévenir le risque de pneumonie par fausse déglutition est la préoccupation principale. Tous les malades ne connaissent malheureusement une évolution aussi heureuse.

DES MALADIES ASSOCIEES
    Sans explication complète à ce jour, il semble que les animaux atteints de myasthénie grave acquise soient fréquemment atteints d'une tumeur de la thyroïde (thymome): celle-ci fabriquerait les auto-anticorps incriminés.
    Certaines études mettraient en évidence l'implication possible d'autres phénomènes tumoraux dont l'exploration reste incomplète à ce jour. D'autres maladies semblent statistiquement associées (hypothyroïdie, hypocorticisme etc).